GenVortex

On peut commencer l’histoire de l’Ukraine en 1991 lorsque le bloc soviétique explose et que des milliardaires, comme des requins après un naufrage, viennent s’emparer de toutes les richesses de l’état et que des mafias se mettent en place. Il n’y a plus de police, plus de professeurs, plus de retraites, plus rien, le chaos total.

De ce chaos sort un état totalement corrompu, qui bascule selon les élections entre les pro-UE à l’OUEST, dont fait partie la capitale Kiev, et les pro-russes à l’EST et au SUD.

Élections 2004-2014 en Ukraine

https://en.wikipedia.org/wiki/2004_Ukrainian_presidential_election
https://en.wikipedia.org/wiki/2010_Ukrainian_presidential_election

En novembre 2013 le président de la Commission européenne, qui était à l’époque José Manuel Barroso a dit au président ukrainien Viktor Yanoukovytch qu’il ne pouvait pas avoir A LA FOIS des relations fortes avec la Russie, et profiter des accords de l’UE. Il devait choisir, prendre une décision. Étant pro-russe il a donc choisi la Russie contre l’UE. La population de Kiev, qui est fortement pro-UE est donc sortie dans les rues et sur la place Maïdan pour montrer son mécontentement.

Alors que les manifestations durent, la secrétaire d’état américaine Victoria Nuland discute déjà du choix des futurs ministres ukrainiens (!!!) : “Bien. Je ne pense pas que Klitsch devrait entrer au gouvernement. Je ne pense pas que ce soit nécessaire, je ne pense pas que ce soit une bonne idée.”
https://www.reuters.com/article/world/leaked-audio-reveals-embarrassing-us-exchange-on-ukraine-eu-idUSBREA1601K/
(transcription intégrale traduite ici)

Les 21 et 22 février 2014 ce mouvement se rassemble encore sur la place Maïdan à Kiev. Nuland vient encourager la population pour essayer d’obtenir le renversement du président Yanoukovytch. On suspecte alors très fortement la CIA d’avoir posté des tireurs et d’avoir tiré dans la foule pour semer la terreur et accélérer le processus en faisant croire que c’était la police ou l’armée qui tirait sur la foule. Cela a fonctionné et a déclenché le processus de renversement espéré par les américains.

Un président élu par le peuple ukrainien a donc été renversé par la seule population de Kiev avec l’aide de la CIA.

Le 23 février 2014 le président de la Douma assure l’intérim du président et menace de supprimer la langue russe comme langue officielle en abrogeant la loi Kivalov-Kolesnichenko. Cela concerne non seulement la langue russe mais toutes les langues minoritaires, dont le hongrois, ce qui explique que Victor Orban a refusé de soutenir Kiev, et ce qui explique aussi la position récente de la Roumanie, dont la population est aussi présente en Ukraine.

Pour info les langues régionales étaient pourtant inscrites dans la constitution ukrainienne depuis 1989, avant la fin de l’URSS : “Les langues nationales peuvent être employées parallèlement à la langue ukrainienne dans les activités de l’État, le Parti, les organismes publics, les entreprises, les institutions et les organisations placés dans les lieux où résident la majorité des citoyens des autres nationalités (villes, régions, villages et conseils d’établissement, etc.).”
https://www.axl.cefan.ulaval.ca/europe/ukraine_loi-1989.htm
(copie locale ici)

Je dis bien MENACE, car les députés se sont ravisés et ont annulé l’abrogation ! Mais toutes les populations minoritaires ont bien compris que le pouvoir central de Kiev ne voulait plus respecter les minorités !

Cela provoque de vives réactions en particulier des russophones et la création de « brigades d’autodéfense » en opposition avec les brigades révolutionnaires de Kiev.

Poutine décide alors stratégiquement le 28 février 2014 d’intervenir pour sécuriser la république autonome de Crimée (qui a son propre parlement), et surtout la base navale du port de Sébastopol, qui a toujours été russe ! Un référendum est organisé, et le peuple décide quasiment à l’unanimité de faire partie de la fédération de Russie.

Référendum 2014 Crimée

La Crimée n’a été liée à l’Ukraine que de 1954 à 2014, soit seulement 60 ans. Elle a donc quasiment toujours été russe, et est peuplée majoritairement de russes. On peut toujours discuter d’un référendum fait avec des hommes en armes, mais environ 60% de russes qui ne veulent pas voir leur langue perdre le statut de langue officielle, ça suffit largement à obtenir une majorité.

Le 11 mai 2014 les républiques du Donbass, russophones et russophiles, créent leur propre référendum et suite aux résultats proclament leur autonomie.

Référendum 2014 Donbass

Kiev refuse les résultats de ces référendums et va bombarder le Donbass régulièrement, les russophones sont considérés comme des moins que rien. Voici le discours du nouveau président de l’Ukraine, Petro Porochenko, en poste depuis 2014 dès que l’intérim a été fini :
https://youtu.be/tkBv2fvzAf4?si=6GN1ISUWx-HbvyS7
(copie locale ici)

Un premier accord est mis en place à Minsk pour essayer de calmer la situation et trouver une solution de cessez-le-feu. Il ne tiendra pas. Un deuxième accord Minsk 2 est mis en place le 11 février 2015. Il se tient en présence de Vladimir Poutine, président russe, Petro Porochenko, président ukrainien, Angela Merkel, chancelière allemande, François Hollande, président français, Alexandre Zakhartchenko, représentant de la république populaire de Donetsk, et d’Igor Plotnitski, représentant de la république populaire de Lougansk.

La France et l’Allemagne devaient être garantes de l’accord mais on sait maintenant, parce qu’ils l’ont dit publiquement, que leur seul but était de laisser l’Ukraine s’armer afin d’obliger par la force le Donbass à renoncer à son autonomie.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Minsk_II
(copie locale ici)

Ces accords ne sont donc pas respectés, et la population ukrainienne vit donc une guerre contre le Donbass, où le gouvernement central de Kiev, avec l’aide de troupes nationalistes et parfois pro-nazis (Azov, Aidar, Pravyï Sektor) s’oppose à des populations qui ont voté pour leur autodétermination. Ces populations sont soutenues de manière non officielle et discrète par la Russie qui est juste de l’autre côté de la frontière. Cette guerre aura fait 14.000 morts.

En espérant sortir de ce chaos, la population ukrainienne décide de ne plus voter pour des politiciens qu’ils jugent corrompus, et votent pour un acteur hors système, d’origine juive, parlant le russe, qui dit qu’il va faire la paix, Volodymyr Zelensky.

« Son discours est centré sur la dénonciation des « élites » et la lutte contre la corruption. Il promet notamment la suppression de l’immunité parlementaire, la mise en place d’une procédure de destitution du chef de l’État en cas de faute grave et la consultation régulière de la population avec des référendums. Il prône un cessez-le-feu dans le Donbass et l’organisation d’un référendum sur l’intégration de l’Ukraine dans l’OTAN. » Wikipédia

Il est élu le 21 avril 2019, et quatre jours plus tard la Rada (assemblée) adopte finalement la nouvelle loi supprimant le russe comme langue officielle. Les russophones avaient bien raison de se révolter puisque maintenant SEULE la langue ukrainienne est désormais autorisée à être employée tant par les autorités nationales et locales, que par les entreprises, les institutions et les divers organismes; ainsi, la maîtrise de l’ukrainien est exigée par les fonctionnaires, les élus, les magistrats, les enseignants ainsi que la majorité des médias !
https://www.axl.cefan.ulaval.ca/europe/ukraine-loi-lng-2019OK.htm
(copie locale ici)

Et au lieu d’arrêter la guerre au Donbass, il la continue !

Ainsi pendant 8 ans, de 2014 à 2022, Poutine voit à ses frontières des populations russophones et russophiles, voire d’origine russes privées de leur langue maternelle se faire bombarder par Kiev sans que personne n’intervienne ! Il prévient, il amasse des troupes bien visibles, mais personne n’en tient compte, et donc en février 2022 il entre en Ukraine pour régler le problème, et celui de la présence de l’Otan par la même occasion.

Moins d’un mois après le début de cette « Opération spéciale », un accord est quasiment trouvé en Turquie entre Poutine et Zelensky, sans demande d’annexion du Donbass à la Russie.

Mais Boris Johnson intervient et fait sauter cet accord.

La guerre continue donc depuis.